La science prend la guerre cognitive à bras le corps
- 13 mai
- 7 min de lecture
L’avènement des outils numériques et l’ère de la manipulation de l’information font craindre des attaques cognitives d’ampleur. Qu’elles visent les armées ou les civils, elles feront des dégâts. Des scientifiques français s’attachent aujourd’hui à mieux comprendre leurs mécanismes pour les contrer.
PAR LOLA BRETON
Nausées, vomissements, vertiges. A l’automne 2016, une poignée d’employés du ministère de la Défense américain détachés à Cuba ont commencé à ressentir des symptômes étranges et incapacitants. Des maux qui ont poussé une quarantaine de fonctionnaires à quitter l’île. Les chercheurs ont vite nommé cette anomalie « Syndrome de la Havane », sans pour autant parvenir à l’expliquer immédiatement. Il a fallu quatre ans et le travail de l’Académie des sciences de Washington pour expliquer ce syndrome. Les maux ressentis par les Américains seraient dus à l’émission d’ondes basses fréquences, hors du spectre de l’audition et dirigées exclusivement vers eux. Sans se montrer ni sortir d’armes, les services cubains — qui nient toute implication dans ce syndrome — auraient-ils réussi à influer sur les cerveaux de leurs ennemis ? Quel que soit le commanditaire de cette attaque sur les employés américains, le syndrome de la Havane est la preuve qu’une attaque sur les cerveaux est aujourd’hui à portée de main. Dix ans ont passé depuis ces événements. Et la guerre cognitive a gagné en intensité et en étendue. Plus question désormais de la confondre avec la guerre de l’information. Les outils qu’elle utilise sont bien plus puissants et ses implications bien plus profondes. Dans un rapport de novembre 2024, le Special Competitive Studies Project parle de la « guerre cognitive algorithmique » menée par la Chine. Sans surprise, les intelligences artificielles et les plateformes numériques, qui accumulent une masse considérable de données sur leurs utilisateurs, sont au cœur de cette stratégie. A partir de ces données, les algorithmes — derrière lesquels se trouvent des décideurs, économiques et/ou politiques — créent des « cocons sémantiques » dans lesquels l’IA façonne des contenus pour attirer l’attention, suggérer des récits alternatifs et pousser à l’action. Une évolution inquiétante de la guerre cognitive, susceptible d’affecter les populations civiles et militaires indifféremment, aujourd’hui analysée par les scientifiques français pour tenter de trouver des moyens de contrer les attaques cognitives.
Prévoir les risques et les moyens de défense
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