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Oser voir, oser comprendre, oser agir : trois conditions pour protéger les enfants en ligne

il y a 29 minutes
3 min de lecture

Oser. Pour l'Association e-Enfance / 3018, ce mot n'a rien de rhétorique et est au cœur de son quotidien. Chaque jour, des mineurs osent nous contacter parce qu'un adulte ou un pair les ont mis en danger alors qu’ils étaient en ligne. Chaque jour, ces démarches nous obligent. Et motivent nos actions.  


Par Samuel Comblez, directeur des opérations de l'Association e-Enfance



Le premier chantier touche à une évidence qu'on préfère parfois ignorer : on ne protège pas ce qu'on ne reconnaît pas. Les plateformes continuent, pour l'essentiel, de fonctionner sur une déclaration d'âge que rien ne vérifie sérieusement. Un enfant de dix ans peut se présenter comme adulte en trois clics. Le Digital Services Act et la loi SREN posent un cadre. Ils ne suffisent pas tant que la vérification d'âge reste une case à cocher plutôt qu'un mécanisme fiable. Oser, ici, c'est accepter d'imposer aux plateformes des solutions d'assurance d'âge robustes, proportionnées, respectueuses de la vie privée, mais réelles. Ce n'est pas un problème technique insoluble. C'est un problème de volonté réglementaire et de calendrier. On ne peut pas construire des dispositifs de protection sur une base aussi fragile que l'auto-déclaration, et prétendre ensuite s'étonner que des mineurs se retrouvent exposés à des contenus ou des contacts qui ne leur sont pas destinés.


Le deuxième chantier est humain avant d'être technique. Nous formons des enseignants, des personnels de santé, des éducateurs sportifs, des équipes de vie scolaire, en France comme dans le réseau des établissements français à l'étranger. Nous constatons, formation après formation, le même écart. Les adultes en responsabilité auprès des enfants n'ont pas toujours les repères pour identifier un signal faible, une sextorsion en cours, une emprise qui se construit dans un jeu en ligne ou une messagerie. Les parents ne sont pas mieux équipés. Ils découvrent souvent les usages numériques de leurs enfants après un incident, rarement avant. Former ces adultes ne devrait pas dépendre de la bonne volonté d'un établissement ou d'une association qui répond ponctuellement à une sollicitation. Cela devrait être une obligation continue, intégrée aux parcours de formation initiale et continue des métiers au contact des enfants, avec des moyens dédiés et récurrents, et pas seulement des interventions isolées au gré des budgets disponibles. Oser, c'est sortir de la logique du coup par coup pour construire un maillage systématique.


Le troisième chantier est celui de la visibilité. Le 3018 existe. Il est désigné signaleur de confiance par l'Arcom. Il permet à un enfant, un parent ou un professionnel de signaler du contenu, d'obtenir un accompagnement, de faire retirer une image. Mais un dispositif de protection qui reste méconnu du public qu'il est censé servir manque une partie de sa mission. Un enfant en détresse ne pense pas toujours à chercher de l'aide, et encore moins à en connaître le numéro. Il faut que l'aide vienne à lui, dans les espaces qu'il fréquente réellement : les établissements scolaires, les plateformes elles-mêmes, les contenus qu'il consulte au quotidien.


Oser, c'est imposer une intégration du 3018 dans les parcours numériques des mineurs, et pas seulement le faire vivre à travers une communication institutionnelle ponctuelle.


Par où commencer, à quel rythme. Je crois qu'il faut cesser de traiter ces trois chantiers séparément. Ils se nourrissent l'un l'autre. Une vérification d'âge fiable réduit l'exposition. Des adultes formés repèrent plus tôt. Un dispositif visible capte le signal avant qu'il ne devienne un drame. Le rythme ne peut plus être celui, trop lent, de cadres réglementaires qui se succèdent sans réelle obligation de résultat. Il faut des échéances contraignantes, des moyens sanctuarisés sur plusieurs années plutôt que reconduits projet par projet, et une évaluation publique de ce qui fonctionne réellement. Nous avons documenté, dans notre premier rapport de transparence, ce que révèle une année d'activité d'un signaleur de confiance : le volume de signalements, la réalité inégale de la coopération des plateformes, l'émergence de phénomènes nouveaux et violents. Ces données existent. Elles doivent guider l'action, pas seulement l'alimenter a posteriori.


Oser, pour les enfants, ce n'est pas un mot d'ordre de conférence. C'est accepter de remettre en cause des équilibres commodes : celui qui laisse les plateformes s'auto-évaluer sur l'âge de leurs utilisateurs, celui qui traite la formation des adultes comme une option facultative, celui qui laisse un dispositif de protection reposer sur la seule notoriété qu'il a réussi à se construire seul, sans appui structurel. Nous sommes prêts à porter ces trois chantiers avec l'ensemble de l'écosystème cyber. Il reste à savoir si cet écosystème est prêt à les porter avec nous, au rythme que les enfants, eux, n'ont pas le luxe d'attendre.

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