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Relier les polices pour un monde plus sûr

  • 7 avr.
  • 5 min de lecture

Interpol.196 polices. Une coopération mondiale au service d’un monde plus sûr.L’organisation qui fête ses 103 ans vient d’élire son nouveau président. Le français Lucas Philippe, policier émérite rompu à la coopération internationale a été élu le 27 novembre dernier à plus de 50 % des suffrages.A horizon 2030, INTERPOL doit renforcer ses capacités opérationnelles au service de la sécurité, condition de stabilité et de développement durable des pays membres.

Rencontre avec Lucas Philippe, Président d'Interpol


PROPOS RECUEILLIS PAR MÉLANIE BÉNARD-CROZAT


Faire d’INTERPOL un véritable réflexe opérationnel


L’Organisation internationale de police criminelle (O.I.P.C.) s’est déjà positionnée comme un appui quotidien indispensable aux forces de l’ordre du monde entier : partage d'informations entre 196 polices, accès à des bases de données opérationnelles, soutien aux enquêtes et aux opérations sur le terrain, formations thématiques. Mais nous pouvons aller plus loin.Mon objectif : faire d’INTERPOL un véritable réflexe opérationnel dans la lutte contre la criminalité organisée et le terrorisme — une organisation plus utile au quotidien – sur le terrain comme dans les enquêtes, plus efficiente et pleinement alignée avec les attentes de ses membres. Cela passera entre autres par une meilleure connaissance des outils et capacités d’INTERPOL, par le déploiement de la nouvelle messagerie sécurisée NEXUS, par la mise en œuvre progressive et réglementée de technologies innovantes et performantes et par une augmentation du nombre de forces de l’ordre mis à disposition au sein de l’Organisation.


Préserver un espace de coopération policière mondiale


Les réseaux criminels font quotidiennement fi des frontières. Face à cette réalité, notre mission est claire : permettre aux pays membres d'échanger des données opérationnelles en temps réel et les soutenir dans leurs enquêtes — qu'il s'agisse d'identifier une victime, de localiser un fugitif,d'analyser des flux financiers ou de détecter des objets volés.Cette coopération doit tenir quelles que soient les tensions géopolitiques ou les situations conflictuelles. Au-delà de leurs divergences, les pays membres partagent un intérêt commun à lutter contre le terrorisme, la criminalité organisée, la cybercriminalité ou la traite des êtres humains. Je rappelle qu’il s’agit avant tout d'une plateforme de coopération technique.Sa neutralité lui permet de poursuivre le dialogue même lorsque les relations diplomatiques sont tendues voire rompues. C'est sur ce socle que repose la légitimité d'INTERPOL. Cette légitimité tient également à son fonctionnement démocratique. C’est une organisation où les pays membres votent, élisent des représentants, valident les orientations stratégiques et expriment leurs besoins opérationnels. Enfin, INTERPOL dispose de mécanismes de contrôle robustes et performants : toute notice et diffusion est vérifiée et validée par la Notices and Diffusions Task Force (NDTF) et un dispositif de recours a posteriori est assuré par la Commission de contrôle des fichiers (CCF). Nous renforcerons l’action de ces organes de contrôle afin de préserver la confiance des pays.


Les technologies, un pharmakon


La modernisation des processus grâce au déploiement de technologies innovantes et performantes est une priorité de l’Organisation. La criminalité s’est numérisée, industrialisée et accélérée. C’est pour cela qu’INTERPOL a créé le Centre Global pour l’Innovation à Singapour il y a plus de 10 ans : pour suivre, analyser et comprendre comment les réseaux criminels exploitent ces nouvelles technologies. Ce centre est aussi un véritable laboratoire de développement de nouveaux outils, solutions techniques, méthodes visant à accompagner les services chargés de l’application de la loi en fonction de leurs besoins. L’O.I.P.C. étant au service de ses pays membres, elle doit dans un premier temps « adopter » les nouvelles technologies comme l’IA et, dans un second temps, accompagner leur déploiement au niveau national et former les forces de l’ordre à leur utilisation. Le meilleur exemple est notre nouveau système de messagerie intelligent NEXUS. INTERPOL traite aujourd’hui des millions de données et près de 20 mil-lions d’échanges policiers par an. NEXUS permet de traiter cette masse et cette complexité croissante des données,notamment en structurant l’information, en automatisant certains traitements, en traduisant les messages, en gérant les données opérationnelles. L’objectif : réduire le temps de traitement des demandes et ainsi fluidifier les échanges. La France fait partie des premiers pays à avoir déployé NEXUS au sein de son Bureau central national (BCN). L’IA est également un accélérateur d’analyse au sein des bases de données. Qu’il s’agisse d’identifier plus rapide-ment des images d’abus sexuels sur mineurs, de reconnaître des visages, des œuvres d’art volées ou des documents falsifiés et d’extraire automatiquement des informations clés dans des masses de textes, nous cherchons à maximiser la plus-value de cette technologie. Enfin, avec AVA, l’assistant virtuel d’INTERPOL, l’IA est intégrée comme un outil d’aide à la décision : synthèse de contenus, traduction, analyse de données ou d’images et rédaction et relecture. AVA fonctionne exclusivement dans le cloud sécurisé d’INTERPOL,garantissant la confidentialité des données sensibles. L’IA et les outils numériques sont pensés, au sein d’INTERPOL, comme des leviers concrets pour accélérer la coopération internationale, renforcer l’analyse criminelle, soutenir les policiers sur le terrain, dans un cadre sécurisé et responsable. Le renforcement de nos capacités, l'innovation et la transformation numérique sont autant de points clés tout comme la formation, à laquelle j’attache et attacherai une grande importance lors des quatre prochaines années.


Renforcer la lutte contre la cybercriminalité


INTERPOL doit combiner innovation technologique, coopération internationale et renforcement des capacités techniques des pays membres. Pour ce faire, le développe-ment des partenariats publics-privés est essentiel. Aujourd’hui, la cybercriminalité s’est industrialisée avec le phishing à grande échelle, les infostealers, les ransomware. Le problème n’est pas seulement d’identifier des individus,mais de démanteler les infrastructures techniques qui permettent à ces attaques de se reproduire en continu. INTER-POL joue ici un rôle clé en coordonnant des opérations internationales visant non pas uniquement les auteurs, mais leurs serveurs, réseaux et outils.L’opération Synergia II (2024) en est une illustration avec plus de 22 000 adresses IP ou serveurs malveillants neutralisés, 59 serveurs saisis, 95 pays mobilisés, avec l’appui de partenaires privés spécialisés en cybersécurité (Trend Micro, Kaspersky, Group-IB, Team Cymru, etc.). Ce type d’action repose sur un continuum public-privé : les entreprises détectent et analysent les menaces, INTERPOL agrège ces informations, les transforme en actions coordonnées mobilisant 95 polices à travers le monde pour cette opération.Notre Centre de fusionnement sur la cybercriminalité(CFC) est un autre exemple de ce continuum, rassemblant des spécialistes du domaine cyber provenant à la fois des forces de l’ordre et du secteur privé. Ce centre collecte et examine l’ensemble des informations disponibles concernant les activités criminelles dans le cyberespace afin de produire des renseignements fiables, cohérents et directement exploitables par les pays. Nous pourrions enfin évoquer les scam centres qui illustrent une cybercriminalité devenue industrielle : mêmes infrastructures, mêmes scripts, mêmes technologies, opérant à l’échelle mondiale. Lors de la dernière Assemblée générale d’INTERPOL à Marrakech, l’Organisation s’est engagée à accompagner les pays membres pour démanteler ces réseaux et réduire la rentabilité des fraudes sur la scène internationale. Sans INTERPOL, sans coopération, sans partage des données,les infrastructures criminelles se déplaceraient sans être détruites, enfermant les entreprises dans un cycle coûteux et destructeur : attaque, paiement, reconstruction, perte de confiance. Mon parcours reflète une identité profondément tournée vers l’international, façonnée par mes origines et par des expériences personnelles et professionnelles menées dans des environnements variés. Elles m’ont convaincu que les enjeux de sécurité dépassent largement les frontières et nécessitent une coopération toujours plus étroite entre services de police. Cet ADN international guide aujourd’hui mon engagement et ma manière d’agir. Je veux continuer à créer des ponts et relier les polices pour un monde plus sûr en étant dans l’action et en faisant honneur au mandat qui m’est confié.

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