Vidéo intelligente : l’éthique comme condition de la confiance
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« L’IA demeure l’une des technologies les plus puissantes et les plus transformatrices du secteur de la vidéosurveillance. Si elle offre des opportunités considérables pour améliorer la sûreté et la sécurité, l’efficacité opérationnelle et l’intelligence métier, son déploiement doit impérativement s’accompagner d’une mise en œuvre éthique et d’intégrations pertinentes, capables de créer une réelle valeur. » C’est en ces termes que s'est exprimé Mats Thulin, directeur IA et solutions d’analyses chez Axis.¹ Alors que cette technologie fascine autant qu’elle inquiète, comment les entreprises assument-elles concrètement leur responsabilité ?

L’éthique : entre cadre réglementaire et responsabilité
Améliorer la qualité d’une image, détecter une intrusion sur un site fermé, compter des flux ou analyser une scène dans l’espace public ne relèvent pas du même niveau de sensibilité. Donc adopter une approche par les risques peut être un point de départ intéressant. Tous les usages de l’IA embarquée dans des caméras ne posent pas les mêmes questions. La question n’est donc pas seulement de savoir si une technologie est acceptable en soi, mais dans quel contexte elle est utilisée, avec quelles garanties et pour quelle finalité ? Une démarche notamment consacrée par l’IA Act qui devrait entrer en vigueur cet été. Mais des entreprises comme Axis Communications n’ont pas attendu son entrée en vigueur pour agir. « Nous insistons précisément sur cette logique et défendons le principe d’une IA conçue pour améliorer les capacités humaines, tout en intégrant les droits fondamentaux, la sécurité, la responsabilité et l’évaluation des risques. Nous évaluons les fonctionnalités d’IA intégrées à nos produits et solutions au regard de la classification de l’IA Act. Nos solutions ne comprennent pas d’applications relevant des catégories interdites ou à haut risque. » souligne Rémi Arnould, Sales Engineer chez Axis.
La donnée, cœur sensible de la confiance
La donnée reste le point le plus sensible. Elle conditionne la qualité des modèles, mais elle peut aussi exposer des individus, des organisations ou des sites critiques. Dans ce contexte, l’éthique de l’IA rejoint directement la cybersécurité. « La question n’est pas seulement de savoir où sont stockées les données mais porte aussi sur leur origine, leur traitement, leur accès, leur conservation, leur anonymisation éventuelle et leur exposition à des tiers. Les pratiques de minimisation deviennent ici essentielles. Lorsque cela est possible, les systèmes doivent limiter la collecte de données personnelles, privilégier l’anonymisation et éviter d’identifier directement les individus lorsque l’objectif peut être atteint autrement. Pour certains usages, analyser des comportements, des flux ou des schémas d’activité peut suffire, sans recourir à l’identification nominative. C’est tout l’intérêt d’une approche “privacy by design” : intégrer la protection de la vie privée dès la conception du système, plutôt que l’ajouter après coup. » note Rémi Arnould et d’ajouter : « Cette exigence vaut aussi pour l’architecture technique. Le traitement local, au plus près de la caméra, peut contribuer à réduire la circulation des données sensibles, limiter la bande passante et accélérer la réaction. Le cloud, de son côté, facilite la gestion de grands parcs, les déploiements multisites et l’accès à des capacités de calcul plus importantes. Le choix entre edge, cloud ou architecture hybride ne relève donc pas seulement de la performance : il doit aussi tenir compte de la sensibilité des données, des contraintes de cybersécurité et du niveau de contrôle attendu par l’utilisateur. Cette dimension explique pourquoi la souveraineté technologique occupe une place croissante dans le débat. Dans la sécurité, la confiance dépend de la capacité à maîtriser la chaîne complète : conception, développement, entraînement des modèles, tests, mises à jour, support logiciel, cybersécurité et conditions de déploiement ».
Sophia-Antipolis, un point d’ancrage européen
« Ce centre concrétise notre ambition européenne d’innovation collaborative » explique Johan Paulsson, CTO chez Axis communications et d’ajouter : « En complément de notre site historique de Lund, le centre de Sophia-Antipolis renforce une innovation européenne coordonnée. Il est au cœur de nos avancées en IA et en analyse vidéo, avec une conviction et un choix stratégique fort : garder la maîtrise technologique et des données en Europe. » « Ce pôle nous permet de transformer notre vision européenne en réalité concrète : toute l’innovation reste ici, pensée et développée par nos équipes. C’est un véritable atout pour créer des solutions fiables et souveraines, à l’échelle du continent. » souligne Stéphane Carré, Sales Director France d’Axis. Les travaux portent notamment sur le fonctionnement continu des solutions, l’adaptation aux conditions météorologiques, la faible luminosité, les variations d’environnement ou le suivi d’objets en mouvement.
Les conditions de l’acceptabilité
L’IA vidéo va continuer à progresser : elle sera plus embarquée, plus rapide, plus précise et plus intégrée aux dispositifs de sécurité. « Les collectivités, les entreprises, les opérateurs critiques et les forces de sécurité auront besoin de solutions capables de mieux détecter et de mieux coordonner l’action. Mais ils devront aussi pouvoir expliquer, encadrer et justifier leurs choix. L’éthique devient une condition d’acceptabilité et de performance » partage Rémi Arnould. Une technologie mal comprise, mal encadrée ou perçue comme intrusive peut produire l’effet inverse de celui recherché : défiance, contestation, refus d’usage. À l’inverse, une IA transparente, robuste, sécurisée et proportionnée peut renforcer la confiance dans les dispositifs de sécurité. A noter d’ailleurs que deux tiers des Français et près de 95% des élus se disent favorables à l’introduction de l’IA dans la sécurité publique, si elle est utilisée avec discernement, dans un cadre clair et respectueux des libertés individuelles. Le signal est donc clair : l’usage de l’IA dans les caméras n’est pas rejeté par principe. Mais son acceptabilité reposera sur une exigence durable de maîtrise, de transparence et de responsabilité. Alors que le cadre réglementaire continue d’évoluer, l’éthique restera la condition sine qua non pour faire de ces technologies des outils de confiance.



