April Mandi : les réalités de l’engagement d’une sapeuse-pompière volontaire
Sapeuse-pompière volontaire, April Mandi est entrée dans cet univers presque par hasard. Calme, réservée et peu attirée par le danger, elle est loin de l’image qu’elle se faisait elle-même du pompier intrépide et tout en muscles. Au fil des interventions, elle découvre un engagement exigeant, fondé sur le collectif, la capacité d’adaptation et le sens du service…

Une vocation sans héritage
Pas de père ou de grand-père pompier. Pas davantage d’accident ou d’intervention qui aurait fait naître une vocation. Chez April Mandi, l’envie de s’engager commence plus discrètement, sur les bancs du collège. En classe de sixième, elle fait partie d'un petit groupe de huit élèves sélectionnés pour passer le PSC1. À douze ans, l’histoire s’arrête pourtant là. Le diplôme obtenu, elle poursuit sa scolarité. Quelques années plus tard, au lycée, l’envie de secourir revient. Elle cherche alors une structure dans laquelle s’engager. Les sapeurs-pompiers volontaires s’imposent alors. Secours à la personne, incendies, catastrophes naturelles… Sa motivation est simple : « Si je suis capable de le faire et que mon corps me le permet, je me dois d’agir. »
Apprendre aussi au contact du terrain
Dès sa première intervention, April Mandi est confrontée à la mort. Une expérience qui lui fait découvrir toute la dimension humaine du secours, au-delà des gestes techniques appris en formation. Car intervenir, c’est aussi accompagner les proches, trouver les mots et savoir réagir face à des situations auxquelles aucune formation ne peut totalement préparer. Elle se souvient notamment d’une femme atteinte de la maladie d’Alzheimer, victime d’une chute à son domicile devant son mari. À l’arrivée des pompiers, la victime traverse une crise de démence. L’équipage prend en charge ses blessures et l’accompagne vers l’hôpital. April aurait souhaité pouvoir faire plus mais ce jour-là ce n'était pas possible. L’adaptation dans l’instant avec tout ce que cela comporte de déstabilisant et d’unique, se construit in fine avec l’expérience, mais aussi et surtout grâce au collectif : « Une bonne cohésion d’équipe, c’est tellement important. »
Trouver sa place
Avant de rejoindre les sapeurs-pompiers, April Mandi entend aussi un certain nombre d’idées reçues sur la place des femmes dans cet univers historiquement masculin. Certains lui prédisent qu’elle sera davantage orientée vers les interventions concernant les femmes ou les enfants, ou qu’elle devra en faire « deux fois plus » pour faire ses preuves. Le terrain lui donnera une tout autre expérience. « Je ne me suis jamais retrouvée dans cette idée de devoir prouver deux fois plus ma place. Les tests de recrutement sont les mêmes, les formations aussi, et le terrain finit par juger chacun sur ses capacités. »
Son calme devient une force. « C’est un environnement très direct, parfois très intense. Et moi, je suis quelqu’un de posé et tranquille. » Finalement, elle n’a pas eu à devenir quelqu’un d’autre. « Il n’y a pas besoin de changer qui vous êtes. Vous arrivez avec votre personnalité et puis vous apportez quelque chose en plus. »
Faire vivre le modèle du volontariat
Formations initiales, maintien des acquis, entraînements sportifs, visites médicales, cérémonies, renforts dans d’autres centres de secours ou encore distribution des calendriers rythment le quotidien des volontaires. Pour April Mandi, l’enjeu consiste moins à alléger la formation qu’à réfléchir à son organisation et à l’utilisation du temps disponible. Une formation incendie peut, par exemple, représenter quinze jours, alors que le temps passé réellement face au feu reste limité. « Mieux former les volontaires, ça ne signifie pas leur demander plus de temps de formation, mais peut-être mieux utiliser le temps qu’on donne déjà. » Derrière cette question se joue ainsi une partie de la capacité à fidéliser les volontaires : leur engagement personnel reste essentiel, mais il doit pouvoir s’inscrire dans un environnement professionnel et organisationnel qui le rende possible.
Préparer les secours aux risques de demain
À ces enjeux de disponibilité s’ajoute une autre transformation : celle des risques auxquels les sapeurs-pompiers sont confrontés. L’extension géographique et saisonnière des incendies de végétation pousse notamment à réfléchir aux besoins futurs en matière de formation, de prévention et d’équipement. « Dans la zone où j'exerce, les volontaires ne sont aujourd’hui pas formés aux feux de forêt. Une situation cohérente avec une exposition historiquement différente selon les territoires, mais que l’évolution du risque pourrait conduire à faire évoluer » explique April Mandi.
Et la réponse ne peut pas reposer uniquement sur les effectifs. « On entend beaucoup : il faut recruter. Certes, mais il faut aussi plus de matériel. » Véhicules, drones, moyens de détection et de surveillance, capacités aériennes : les moyens devront eux aussi accompagner l’évolution des missions. La réflexion concerne jusqu’aux équipements individuels, certaines tenues n’étant pas nécessairement conçues pour être portées durant de longues heures sur des incendies de végétation.
Surtout, cette adaptation ne relève pas des seuls sapeurs-pompiers. La prévention constitue une responsabilité beaucoup plus large, qui implique les collectivités, les pouvoirs publics et les citoyens. Débroussaillement, entretien des infrastructures, accès aux massifs, points d’eau, voies d’évacuation ou prise en compte du risque dans l’urbanisme doivent permettre d’empêcher qu’un départ de feu devienne une catastrophe. Des dispositifs de mobilisation citoyenne existent déjà. Les réserves communales de sécurité civile participent notamment au soutien des populations, à l’information et à l’appui logistique, tandis que les réserves citoyennes des services d’incendie et de secours peuvent contribuer à différentes missions de soutien.
Découvrez le livre d’April Mandi Journal d’une sapeuse-pompière, publié aux éditions 3 Colonnes : https://www.fnac.com/a22487910/April-Mandi-Journal-d-une-sapeuse-pompiere



