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Honorer, transmettre et soutenir : s’engager ensemble avec le Bleuet de France

il y a 17 minutes
5 min de lecture

Depuis 1916, le Bleuet de France honore ceux qui ont servi la nation et soutient les blessés. Aujourd'hui, cette œuvre centenaire se transforme : mobilisation de la jeunesse, restructuration en fondation abritante et transformation d’un travail de mémoire en engagement actif. Né de l’idée de deux femmes pionnières qui ont planté une graine de solidarité qui n'a jamais cessé de croître, le Bleuet de France s’adapte désormais aux enjeux du 21e siècle et anticipe un avenir marqué par le probable retour des conflits de haute intensité.


Rencontre avec Patrick Remm, Président du Bleuet de France


Propos recueillis par Mélanie Bénard-Crozat

© Laurent Urbanski
© Laurent Urbanski

Un engagement centenaire


Depuis plus d'un siècle, le Bleuet incarne une mission de mémoire et de solidarité. Modeste fleur vivace, le bleuet poussait jadis dans les tranchées de la Grande Guerre et cela malgré les bombardements et la boue. Un symbole de résilience. Plus d'un siècle plus tard, cette symbolique trouve une nouvelle résonance. Le Bleuet de France assume deux missions essentielles. La première : honorer ceux qui ont servi la France et transmettre leur histoire aux générations futures. La seconde : soutenir concrètement les blessés, les victimes de guerre et leurs familles. Une solidarité qui s'étend, depuis 1991, aux victimes civiles du terrorisme.


Deux femmes pionnières


L'histoire du Bleuet commence dès la Première Guerre mondiale, avec deux femmes visionnaires de l'Institution nationale des Invalides : Charlotte Malleterre et Suzanne Lenhardt. Leur idée était aussi simple qu'audacieuse : faire fabriquer des fleurs de bleuet par les soldats mutilés hébergés aux Invalides, pour les vendre ensuite sur la voie publique. L'économie sociale et solidaire existait donc déjà en offrant à des blessés de guerre les moyens de se reconstruire par le travail et dans la dignité. Le choix du bleuet ne fut pas anodin : fleur rare à survivre à l'horreur des tranchées, elle était aussi une référence à la couleur bleue encore flamboyante des uniformes des jeunes soldats sortant de la caserne. C'est un patriotisme actif.


Des actions en phase avec son temps


Concrètement, notre organisation finance des stages de reconstruction psychique, et des équipements sportifs adaptés, accompagne les blessés dans les compétitions internationales comme les Invictus Games.¹ Elle soutient les orphelins de guerre, finance les activités et équipements dans les EHPAD labellisés accueillant les anciens combattants. Sur le plan mémoriel, elle organise concours scolaires, formations de jeunes porte-drapeau, et notamment le concours des « Petits Artistes de la Mémoire », où des écoliers retracent la vie d'anciens combattants de leur commune. Ces initiatives transforment la mémoire en acte vivant. Madame Simone Veil parlait, en effet, de travail de mémoire. Le travail induit l’action et témoigne d’une implication. C'est un patriotisme actif.


2026-2027 : année de la jeunesse


La jeunesse est la clé de cette vision tournée vers l'avenir. En 2026-2027, le Bleuet en a fait son axe central. Une innovation importante se met en place : lors de la Journée défense et citoyenneté obligatoire pour tous les jeunes de plus de 16 ans, chaque participant reçoit un bleuet — un beau pin's, visible —  comme c'est le cas depuis septembre 2025, mais cette fois millésimé, en sortie de formation. Cette mesure touche environ 800 000 jeunes chaque année. C'est un pari stratégique : transformer un rituel administratif en moment de sensibilisation civique, en symbole personnel d'appartenance à une nation solidaire. Lors de cette journée, les jeunes sont immergés dans une approche renouvelée pour la défense française. Au lieu d'une formation passive, il y a des temps forts, actifs, des interactions concrètes avec le monde combattant. Ils participent à des ateliers, se familiarisent avec des missions spécifiques aux armées, et rencontrent des militaires pour échanger. C'est notamment un serious game géopolitique qui change la perception des jeunes de l'engagement militaire. Il faut sensibiliser notre jeunesse pour en faire des citoyens à part entière. Les échos sont remarquables : les jeunes s'investissent, y trouvent un sens, une mission, une communauté. D'autant que, lorsqu'on intervient dans un lycée et qu'on explique que la Première Guerre mondiale a tué plus d'un million quatre cent mille Français, le nombre reste abstrait. Mais quand on ajoute : « Dans chaque famille, il y avait au moins un mort. Ces anciens combattants, ils avaient votre âge. Quand ils sont partis là-bas, ils avaient 16, 18, 20 ans », soudain, c'est concret : c'est une personne, pas une statistique. Le Bleuet soutient également « Bulles de Mémoire », concours de bande dessinée ouvert aux lycéens comme aux collégiens, qui invite les jeunes à mettre en images la mémoire des conflits contemporains. Mais le travail auprès de la jeunesse commence dès l'école élémentaire, à travers le concours des « Petits Artistes de la Mémoire », réservé aux classes de CM1 et de CM2. Ce concours transforme la mémoire en projet créatif : avec l'aide de leurs enseignants, les écoliers choisissent un poilu de leur commune — parfois de leur propre famille — et retracent son parcours dans un carnet artistique, nourri de recherches en archives. Les travaux les plus remarquables sont récompensés, et certains lauréats sont invités à Paris pour découvrir les grands lieux du patrimoine mémoriel français. Dans ces deux dispositifs, les jeunes construisent, interrogent et mettent en images la mémoire. Les écoles militaires et les classes de défense jouent également un rôle central. Le Bleuet y organise des collectes et des actions d'engagement.


Bientôt une fondation abritante


Cette ambition s'incarne aussi dans une restructuration majeure. Le Bleuet, créé en tant que fonds de dotation en 2023, se transforme en fondation abritante ; une décision approuvée à l'unanimité par notre conseil d'administration. La première fondation à rejoindre ce projet sera celle des Plus Grands Invalides de Guerre (FPGIG). Créer un corps commun, un ADN commun  autour de valeurs patriotiques partagées, où chaque fondation conserve son identité mais bénéficie d'une force collective, c’est notre ambition. Avec plus de 6 millions d’euros de budget aujourd’hui, nous sommes évidemment loin de nos homologues britanniques de la Royal British Legion qui collecte 60 millions chaque année. Le potentiel français reste donc important. L'intensification des crises mondiales et le retour des conflits de haute intensité à l'horizon 2030 nous obligent à réfléchir et anticiper les besoins et les actions qui pourraient nous incomber. Cela nécessite des études, la création d’un observatoire pour disposer de toutes les données pertinentes, des travaux communs alimentés par les armées, l'ONaCVG, les hôpitaux militaires, pour mesurer non seulement le nombre de blessés, mais aussi la gravité, la durée et le coût réel de l'accompagnement. Une approche prospective nécessaire pour planifier trois scénarios d’intensité — normal, tensions, crise majeure — et ajuster ainsi les réserves financières en conséquence.


Contribuer à une société forte


À l'heure où les fractures sociales semblent se multiplier, le Bleuet de France propose quelque chose de profondément fédérateur. Ce n'est pas nostalgique : c'est éminemment actuel. Un symbole agissant, une force qui relie les générations, qui incarne l'idée que les citoyens, la jeunesse, les institutions, les entreprises et le monde combattant partagent une responsabilité commune envers ceux qui se sont engagés ou sont victimes. Une société demeure forte lorsqu'elle sait se souvenir, lorsqu'elle sait remercier et lorsqu'elle sait surtout prendre soin des siens. Le message du Bleuet de France pour 2026 et au-delà résonne donc comme un appel : que la solidarité cesse d'être un mot galvaudé pour devenir un engagement concret ; que la mémoire reste vivante, non par obligation, mais par un travail actif et partagé  ; que les jeunes retrouvent cette conviction que faire partie d'une nation, c'est aussi en prendre soin. Le bleuet, qui a fleuri dans les tranchées, continue à fleurir en chacun de nous. Il nous rappelle, simplement et fermement, que nous sommes plus forts ensemble.


¹ Compétition internationale réservée aux blessés des armées, qui se tient tous les deux ans.

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