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L’État se muscle face aux nouvelles menaces

il y a 12 minutes
5 min de lecture

La sécurité ne peut plus être dogmatique. Face au narcotrafic, aux menaces hybrides et aux drones, la France modernise son arsenal : loi RIPOST, police municipale renforcée, technologies modernes. Un continuum de sécurité où État, collectivités et secteur privé travaillent ensemble pour protéger les Français.


RENCONTRE AVEC JEAN-DIDIER BERGER, MINISTRE DÉLÉGUÉ AUPRÈS DU MINISTRE DE L’INTÉRIEUR


PROPOS RECUEILLIS PAR MÉLANIE BÉNARD-CROZAT


© Paul Hertz
© Paul Hertz


Doter l'état des outils nécessaires


La loi RIPOST et le projet de loi relatif à l’extension des prérogatives, des moyens, de l’organisation et du contrôle des polices municipales et des gardes champêtres (PJL PM), portés avec le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, procèdent de la même idée : adapter la loi aux réalités opérationnelles rencontrées sur le terrain. Je constate lors de mes déplacements le très large consensus pour l’adoption de ces nouvelles mesures. Élus locaux de tout bord, policiers nationaux et municipaux, gendarmes, citoyens : tous partagent le souhait de voir la puissance publique suffisamment équipée pour répondre aux enjeux de sécurité. Pour la loi RIPOST, nous voulions doter nos forces d'outils juridiques adéquats face à de nouveaux phénomènes : la consommation de protoxyde d'azote, les prises à partie des forces de l'ordre ou les rodéos urbains. La loi crée de nouveaux délits, renforce les sanctions et accélère la réponse pénale, notamment par les amendes forfaitaires délictuelles (AFD). Le PJL PM, encore en discussion devant le Parlement, reconnaît la place croissante des polices municipales dans les politiques locales de sécurité. Il donnera de nouvelles prérogatives juridiques et de nouveaux outils, notamment technologiques, aux policiers municipaux (drones, lecture automatisée des plaques d’immatriculation - LAPI) ; il propose aussi des simplifications très attendues de la part des agents et des élus locaux (refonte du régime de formation, portabilité des ports d’arme, simplification des modalités de mutation) ; et enfin, en accord avec le principe de libre administration, il doit permettre aux collectivités locales qui souhaitent aller plus loin, de confier à leurs agents des prérogatives judiciaires élargies. Cela permettra par exemple aux policiers municipaux de prononcer des AFD pour la consommation de produits stupéfiants, vente à la sauvette, tags…


L’espace maritime en première ligne


La lutte contre la criminalité organisée et le narcotrafic est prioritaire. L’insertion du narcotrafic dans des chaînes de valeur mondialisées nécessite d’opérer sur tous les espaces traversés par les trafiquants. À cet égard, l’espace maritime fait l’objet d’une attention particulière. La loi RIPOST a renforcé les prérogatives des agents spécialisés de la police nationale et de la gendarmerie pour leur permettre de procéder à des mesures de contrôle sans réquisition judiciaire préalable dans les ports et gares maritimes. Les Antilles et la Guyane, situées dans la zone principale de production et transit de cocaïne (un quart des saisies mondiales), subissent une hausse des narco-homicides. Début juillet, avec le ministre Laurent Nuñez et nos collègues Jean-Noël Barrot et Naïma Moutchou, nous avons donc présenté un plan Antilles-Guyane pour lutter contre le narcotrafic et garantir l’étanchéité du littoral et des infrastructures portuaires aux trafics d’armes et de produits stupéfiants. Des moyens supplémentaires seront déployés : renforcement des effectifs portuaires, création de brigades nautiques, drones de surveillance et formation des agents au risque corruptif.


Les grands rassemblements : une sécurité à trois piliers


En plus du professionnalisme des agents du ministère de l’Intérieur, des forces de sécurité intérieure et des fonctionnaires, deux autres composantes du continuum de sécurité ont joué un rôle essentiel dans le succès des Jeux de Paris 2024 sur le plan sécuritaire : le recours intelligent aux nouvelles technologies pour appuyer l’action humaine, et la sécurité privée. Les JOP ont été le terrain d'expérimentation de solutions de vidéoprotection augmentée, des logiciels d'IA assistant les opérateurs vidéo pour détecter les menaces (feu, foule, intrusion). La loi RIPOST étend ce dispositif aux lieux sensibles (transports, sites touristiques) pour prévenir le terrorisme et les troubles graves à l'ordre public. Les innovations technologiques vont bouleverser la manière dont nous travaillons à garantir la sécurité des Français, et je crois nécessaire d’aborder ces enjeux avec le souci de garantir les libertés publiques mais aussi avec pragmatisme : en face de nous, les délinquants n’ont aucune hésitation à se saisir des outils technologiques pour parvenir à leurs fins. La sécurité privée représente aujourd’hui un secteur important, que l’on considère les effectifs déployés, les outils maniés et les savoir-faire développés. Dans le respect des compétences de chacun, il me paraît essentiel de renforcer la coopération entre les forces publiques et privées au bénéfice de la sécurité des Français. C’est tout le sens du Beauvau de la sécurité privée que j’animerai au cours des prochaines semaines.


Résilience nationale : anticiper les nouvelles menaces


La défense de nos valeurs et nos déploiements sur la scène internationale peuvent avoir des répercussions sur le territoire national et prendre des formes nouvelles. C’est la raison pour laquelle la Revue Nationale Stratégique, actualisée en 2025 afin de donner une définition de la résilience de la Nation, englobe désormais la capacité à faire face à toutes les menaces, y compris les menaces hybrides en plus des catastrophes naturelles. Notre objectif est d’empêcher les atteintes aux intérêts fondamentaux de la Nation. Le ministère de l’Intérieur contribue à préparer les Français à l’hypothèse d’un engagement majeur de nos armées en Europe ou ailleurs d’ici 2030, qui pourrait s’accompagner d’attaques hybrides sur notre territoire. Tous les préfets ont reçu un guide d'action : lutte contre la désinformation, cybersécurité, continuité de l'État, dialogue civilo-militaire. Fin 2026, un plan de défense nationale centré sur les menaces hybrides sera adopté. Ce plan a été partiellement testé lors de l’exercice interministériel ORION 26 : plusieurs scénarios envisagés dans les conditions du réel ont permis de tirer des premières conclusions : le besoin d’une structure interministérielle permanente d’anticipation et de gestion de crise ; le rôle crucial de l’échelon territorial zonal pour faire le lien avec Paris et la nécessité pour les collectivités territoriales et la population d’avoir un meilleur niveau de connaissance de ces nouvelles menaces. Nous lançons cette année un cycle d’exercices territoriaux pour faire face aux menaces hybrides à l’occasion de la Journée nationale de la résilience (JNR) le 13 octobre.


La dimension quotidienne de la lutte anti-drones


Depuis septembre 2025, des survols suspects de drones perturbent la sécurité aérienne en Europe. L'attaque de Leipzig a rappelé que cette menace est une composante stratégique de déstabilisation. Ces moyens simples, peu coûteux et difficiles à détecter peuvent viser directement des infrastructures sensibles. Nous disposons d'outils de détection et de neutralisation, utilisés lors des grands évènements comme les JOP 2024 ou plus récemment le G7 d’Évian. Nous passons désormais à une échelle nationale en intégrant la dimension quotidienne de la lutte anti-drones.


La sécurité, condition de la liberté


Le principal enseignement que je tire des nombreux déplacements que j’ai effectués sur le terrain, c’est la nécessité d’aborder la question de la sécurité sans aucun dogmatisme. Dans notre État de droit, la préparation puis l’application de la loi sont entourées de nombreuses garanties qui permettent de construire des dispositifs protégeant les citoyens contre l’arbitraire, tout en apportant la réponse ferme que certains comportements doivent induire. Nos forces de sécurité intérieure se sont renforcées, les polices municipales ont connu un essor sans précédent et le secteur privé s'est structuré. Le dialogue civilo-militaire est dense. Il faut fournir les outils juridiques et faire vivre le continuum de sécurité par les préfets, les élus et les entreprises mobilisés au quotidien. La première condition de la liberté, c’est la sécurité. Il ne faut pas les opposer, elles se complètent et se renforcent mutuellement

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