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Vidéoprotection : vers de nouveaux usages

il y a 4 jours
4 min de lecture

Avec la loi RIPOST, la France franchit une nouvelle étape dans l’utilisation des technologies au service de la sécurité. Vidéoprotection algorithmique, exploitation des données signalétiques des véhicules, détection de mouvements : face à une délinquance qui s’affranchit des frontières, les flux deviennent un nouvel objet de surveillance. Dans l’Eure, 87 caméras déployées sur les principaux axes routiers donnent déjà à voir cette évolution. Mais à mesure que les capacités technologiques progressent, une autre question s’impose : quels garde-fous pour les libertés individuelles ?


© Image générée par IA
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Loi RIPOST : la technologie change d’échelle


« La sécurité et la tranquillité sont les premières attentes de nos concitoyens. [...] Face à ces réalités, l’État ne peut ni détourner le regard ni s’habituer. Il doit agir. C’est tout le sens de la loi RIPOST. Chaque atteinte à l’ordre public doit appeler une réponse de l’État. » explique Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur. L’idée est notamment de renforcer les moyens mis à disposition des forces de l’ordre. Parmi eux, la technologie occupe désormais une place croissante. La loi prolonge ainsi jusqu’au 31 décembre 2030 l’expérimentation de la vidéoprotection algorithmique initiée lors des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Son périmètre est également élargi : au-delà des manifestations sportives ou culturelles, elle pourra concerner certains bâtiments et lieux ouverts au public où le risque terroriste ou d’atteinte à la personne est élevé. L’objectif ? Faire analyser automatiquement les images afin de détecter en temps réel des événements prédéterminés pour qu’un opérateur puisse ensuite prendre la main. Lors de l’expérimentation initiale, huit cas d’usage avaient notamment été prévus : objet abandonné, présence ou utilisation d’une arme, personne au sol, intrusion dans une zone interdite, mouvement de foule ou encore circulation à contresens. Lors des JOP Paris 2024, environ 800 caméras réparties dans 70 lieux ont fait l’objet d’un traitement algorithmique à l’occasion d’une trentaine d’événements. Le bilan, lui, reste nuancé : les rapporteures du Sénat ont estimé que l’intérêt opérationnel de la technologie était « limité mais réel » et que neuf mois d’utilisation effective ne permettaient ni de conclure définitivement à son efficacité, ni de justifier son abandon. Un constat à replacer dans le contexte exceptionnel des Jeux, où la mobilisation massive des forces de police et des militaires a considérablement réduit les incidents susceptibles d'être détectés. Difficile, dans ces conditions, de mesurer pleinement les performances de ces technologies. C’est précisément cette incertitude qui a conduit à prolonger l’expérimentation. Et, la loi RIPOST va plus loin. La police et la gendarmerie nationales sont autorisées pendant 3 ans à exploiter certaines données signalétiques des véhicules afin de détecter des mouvements susceptibles de révéler des faits de criminalité organisée, des vols et recels de véhicules ou encore des vols aggravés. 


Dans l’Eure, une « ceinture de sécurité » autour du territoire


En Normandie, le département est traversé quotidiennement par d’importants flux routiers. Une caractéristique géographique qui constitue aussi un enjeu sécuritaire : une partie de la délinquance qui touche le territoire est itinérante. Des auteurs peuvent entrer dans le département, commettre un cambriolage ou un autre délit, puis rejoindre rapidement un territoire voisin. A noter qu’en 2025, près de 1700 cambriolages ont été enregistrés dans l'Eure et quelque 900 vols de véhicules. C’est dans ce contexte que le Conseil départemental a décidé de constituer une « ceinture de sécurité ». Engagé à partir de septembre 2025, le projet repose sur 87 caméras réparties sur une trentaine de sites stratégiques comprenant notamment les principaux axes d’entrée et de sortie du département et certains carrefours. Près de trois millions d’euros ont été mobilisés. Intégré par Eryma, le dispositif repose notamment sur les technologies d’Axis Communications et sur des caméras AXIS Q1686-DLE combinant vidéo haute définition et radar. « Avec un seul point d’installation, la fusion entre radar et vidéo permet d’obtenir à la fois des images et des données utiles comme la vitesse, la direction ou le type de véhicule observé », explique Jason Higgins-Casey, Solution Engineer EMEA chez Axis Communications. Mais, le dispositif n’a toutefois pas vocation à verbaliser les automobilistes. Les données sensibles sont séparées, les réseaux cloisonnés et leur consultation par les forces de l’ordre intervient dans le cadre prévu pour les investigations. Avant même l’achèvement du déploiement, 78 réquisitions judiciaires avaient déjà concerné le système. « Cela montre qu’il répond à un vrai besoin opérationnel pour les forces de l’ordre », estime Alexandre Rassaërt, président du Conseil départemental de l’Eure. Le dispositif produit parallèlement des informations utiles aux services routiers : fréquentation, vitesse ou typologie des véhicules peuvent également nourrir la connaissance des usages du réseau et les politiques d’aménagement.


L’acceptabilité, condition indispensable au déploiement


Reste alors un dernier enjeu majeur : celui de l’acceptabilité sociale. Deux tiers des Français et près de 95 % des élus seraient favorables à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la sécurité publique, à condition qu’elle soit employée « avec discernement et dans le respect des libertés individuelles ». Cette dernière condition est cruciale. « Ces usages doivent rester encadrés par le RGPD, la CNIL et le cadre européen applicable à l’intelligence artificielle.» note Stéphane Carré, Directeur Commercial France chez Axis Communications et d’ajouter : « la vidéoprotection algorithmique prévue dans le cadre de la loi RIPOST ne correspond pas à une reconnaissance faciale ni à une surveillance individuelle permanente ».

La loi RIPOST a veillé à ces garde-fous. Dans l’expérimentation portant sur les mouvements de véhicules, la photographie des occupants est exclue du traitement. Le système ne peut produire qu’un signalement d’attention : celui-ci ne peut, à lui seul, entraîner une décision individuelle ou un acte de poursuite. Les interconnexions automatisées avec d’autres fichiers sont également limitées. Un décret en Conseil d’État, pris après avis motivé de la CNIL, doit encore déterminer les critères de recherche, les catégories de données utilisées et le nombre maximal de dispositifs concernés. Enfin, une évaluation devra mesurer non seulement l’efficacité opérationnelle du dispositif, mais aussi son caractère proportionné et les garanties apportées à la vie privée. C’est probablement sur cet équilibre que se jouera la suite de la vidéoprotection algorithmique. Car si la technologie permet désormais d’aller toujours plus loin dans l’analyse des images et des flux, son déploiement dépendra aussi de l’adhésion de la population à ces nouveaux usages.

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